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Sep 10

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Nous n’apprendrons plus comme avant – 2





article issus de la syndication de flux à partir du site les infos-stratèges.


Nous n’apprendrons plus comme avant – 2

Après avoir évoqué le 6 septembre sous le titre Nous n’apprendrons plus comme avant – 1 l’apport intellectuel et cognitif de l’hypertexte, nous abordons ici l’impact du développement exponentiel de l’image sur l’apprentissage.

L’image omniprésente dans le monde

Depuis que le débit des réseaux et les volumes de stockage le permettent — quelques années à peine —, l’image, fixe ou animée, envahit la planète, soit de manière institutionnelle — même l’Union européenne a son espace dédié sur Youtube : Eutube — soit de manière plus anarchique, ou démocratique — chacun peut poster sur le net les images ou les vidéos qu’il a réalisées avec son téléphone portable. La civilisation du texte recule, au profit de celle de l’image.

Un phénomène dans le prolongement de l’effet « télé »

Ce phénomène vient compléter et décupler le phénomène de la télévision, connu depuis les années 1950 à 60, selon les continents.

L’image : un vecteur d’information et de connaissance de plus, mais sans plus

Cette irruption de l’image change évidemment le rapport à la connaissance. Il le fait à notre sens de deux manières diamétralement opposées.

Une meilleure appréhension intellectuelle

D’un côté, l’image permet de mieux imprimer des phénomènes ou des évènements dans les mémoires et dans les esprits. Entendre parler d’un séisme à la radio permet de prendre connaissance de l’évènement et de se l’imaginer plus ou moins bien à l’aide de ses propres référentiels connus. Voir les images du séisme, le cas échéant images animées prises en direct (cas du séisme au Japon en 2011), rend les faits plus palpables et plus appréhensibles, dans toute leur force.

L’image : entre vécu et illusion

D’un autre côté, l’image n’est jamais qu’une image, c’est–à-dire le reflet édulcoré d’une réalité, alors que l’esprit est prompt à s’imaginer que parce qu’il a vu, il a vécu. Or, il y a un monde entre l’image d’un lieu et être présent sur le terrain, être plongé dans une atmosphère et une ambiance composée de milliers détails vécus que l’image ne capte pas, à commencer par les odeurs, la température, le vent… Chacun sait que voir un concert ou un match de football à la télé ou le vivre sur place est sans commune mesure.

De sorte qu’il serait prudent et humble de penser que l’image n’est qu’un degré d’information et de connaissance de plus sur la réalité, sans pour autant constituer la totalité de cette réalité.

De la neutralité de l’image

Un autre problème plus grave se pose pour l’image comme vecteur de connaissance.
On pourrait croire que parce qu’on a capté des images, on a rendu compte de manière objective (puisqu’il y a un objectif dans tout appareil de prise de vue !), donc neutre, d’une réalité.
Rien n’est moins faux, alors que pourtant l’illusion de l’image nous suggère que puisque nous la voyons, elle est forcément vraie.

D’une part, sans vouloir jouer sur les mots, il faut considérer qu’une image ne rend compte que d’un point de vue. Si l’on veut rendre compte d’un objet en trois dimensions, il faut en présenter des images multiples, prises sous tous les angles. Et même dans ce cas, la définition de l’image limitera forcément l’appréhension de l’objet.

En terme plus insidieux, il est possible de créer une image volontairement tronquée, voire truquée : prendre par exemple en photo un groupe de personnes, en excluant volontairement du champ certaines personnes, ce qui revient à masquer une part d’informations, donc de déformer la réalité. On se souvient de l’habitude soviétique de faire disparaître des photos officielles les personnages ultérieurement éliminés de la vie politique : ils étaient censés n’avoir jamais existé…

On peut donc penser que l’image ne peut jamais être neutre, et il faut en avoir conscience avec acuité toutes les fois où l’apprentissage — qui est notre sujet — s’appuie sur l’image.

Image et légende

D’autre part, il y a aussi un aspect fondamental de la diffusion de l’image, trop souvent évacué dans la prise de conscience immédiate de celle-ci, c’est le commentaire qui lui est associé. Citons le mot du cinéaste Jean-Luc Godard « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image » qui suggère que, même si l’image pouvait être neutre (« juste »), ce n’est qu’une image.

La présentation d’une image peut induire une interprétation très orientée que celle-ci ne porte pas (il est encore significatif de constater que le titre d’une photo se nomme légende…), voire de présentation de l’image d’un fait pour en illustrer un autre, comme cela a plusieurs fois été dénoncé dans les médias.

Tous les biais sont donc possibles, depuis la simple maladresse dans la présentation bien intentionnée d’images factuelles, jusqu’au montage sciemment organisé dans le but de discréditer une personne, une cause, ou au contraire d’étayer faussement une thèse ou une opinion.

On peut donc rester plus que vigilant lorsque l’apprentissage se fait en grande partie par l’image.
 



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