Article de Caroline GOULARD issu de l’excellent site InaGlobal
Sommaire
- - Introduction
- - Le journalisme de données : un nouveau mode de traitement de l’information
- - Un courant journalistique ancré dans les changements technologiques et sociaux
- - Equation coûts-recettes du journalisme de données
- - Précurseurs anglo-saxons et timides initiatives françaises
- - Conclusion
- - Bibliographie
Introduction
Le journalisme de données : un nouveau mode de traitement de l’information
En cela, il s’inscrit pleinement dans la tradition journalistique consistant à aller chercher de l’information brute pour la présenter de manière adéquate au public. Seulement, il envisage différemment le rôle médiateur du journaliste. Le journalisme de données s’adresse d’abord à l’intelligence visuelle du public, et non à son intelligence verbale. Pour cela, il peut prendre la forme de bases de données enrichies, d’infographies interactives, de timelines [+] et de cartes rich-media [+], d’applications interactives, etc.
Ainsi, le journalisme de données n’est pas uniquement une nouvelle façon de délivrer de l’information au public, il s’agit également d’une nouvelle façon de la collecter : en faisant appel aux internautes pour récolter des données, mais aussi en dépoussiérant de grosses bases de données, peu explorées (bilans de la cour des comptes, rapports du FMI, statistiques de l’OCDE, etc.), qui contiennent énormément de matériaux pour le journalisme d’investigation.
Un courant journalistique ancré dans les changements technologiques et sociaux
Le succès de ces « data centers » de la presse locale américaine révèle une caractéristique du journalisme de données : il permet d’atteindre le micro-local, il autorise une granularité de l’information sans précédent. Les communautés de voisinage sont toujours intéressées par ces toute petites informations, qui ne valent pas la peine d’être mentionnées dans un journal local, mais qui peuvent répondre à la question « pourquoi la sirène a-t-elle sonné dans mon quartier ? ». Au niveau hyperlocal, le journalisme de données peut ainsi générer de la proximité entre les rédactions et les communautés d’habitants pour lesquelles elles travaillent.
L’importance du journalisme de données a été consacrée en 2007 par la Knight Foundation qui a attribué un prix de 1 100 000 $ au projet EveryBlock d’Adrian Holovaty. EveryBlock est un agrégateur de données micro-locales et urbaines. Lancé en 2007, il couvre aujourd’hui 16 villes aux Etats-Unis et attire chaque mois près de 200 000 visiteurs uniques, sans aucun travail éditorial. En avril 2009, le Politifact du St Petersburg Time a reçu un prix Pulitzer pour son projet de site de vérification des données énoncées par les hommes politiques dans leurs discours.
Equation coûts-recettes du journalisme de données
Une application pratique du nytimes.com pour jauger de l’intérêt comparer d’acheter ou de louer son logement.
Si ces contenus attirent l’audience, s’ils procurent une « expérience d’information » véritablement remarquable, ils peuvent devenir des écrins publicitaires particulièrement prisés, d’autant plus que les bases de données sont de puissants outils de fidélisation des visiteurs. Les éditeurs ont là toutes les cartes en main pour négocier des partenariats publicitaires rémunérateurs.Les éditeurs pourraient ainsi tenter de faire payer les internautes puisque ces contenus offrent une réelle valeur ajoutée, puisqu’ils représentent un vrai service en rendant compréhensible rapidement de gros volumes d’information, et puisqu’il est difficile de leur trouver des substituts dans les blogs ou les agrégateurs. Reste à tester la disponibilité [+] à payer des consommateurs d’information en ligne.
Plus globalement, le journalisme de données peut aussi être considéré comme une vitrine de la marque-média, comme un outil de communication des éditeurs à destination tant de leur public que de leurs annonceurs. Dans l’univers français des grands sites d’informations, où les contenus différenciants sont rares, les premiers à proposer du journalisme de données acquerront immanquablement une image de précurseurs.
Par ailleurs, si les éditeurs consentent à s’éloigner de leur cœur de cible traditionnel, le journalisme de données peut leur ouvrir de nouveaux marchés. Si des journalistes consacrent du temps et des moyens à la collecte de données, il ne semble pas inconcevable de tenter de les revendre. Des bases de données inédites et à forte valeur ajoutée pourraient intéresser des acteurs du secteur économique, du domaine marketing ou de l’univers de l’éducation. Par exemple, une marque média crédible aurait toute légitimité à proposer des bases de données thématiques aux étudiants pour leurs révisions, à des directeurs financiers, de nouvelles visualisations des données clés de leur secteur d’activité.
Dernière piste à explorer : le canal de distribution. Quel est le meilleur support de consultation des visualisations interactives ? Est-ce l’ordinateur personnel ? Les tablettes tactiles ? Des bornes dans les lieux publics ? L’exemple de l’agence de presse spécialisée dans la finance Bloomberg est intéressant à méditer. Bloomberg rend disponible via un terminal propriétaire une mine d’informations : bases de données, tableaux historiques, liens sélectionnés, courbes descriptives des tendances du marché, frises chronologiques, etc. Ce service de mise à disposition de données est intégré dans le terminal, loué pour 1 800€ par mois [+], ce qui représente une source de revenus plus que confortable. Tous les éditeurs n’ont, bien sûr, pas vocation à se lancer dans le hardware [+], cela ne doit pas les empêcher d’étudier de près les stratégies d’applications natives comme celles développées pour l’iPhone et l’iPad d’Apple, par exemple. A la différence de la consultation de contenus sur un navigateur, la consultation via les applications natives réduit le papillonnement du public d’un site à l’autre et offre une expérience ergonomique ou esthétique décuplée. Non seulement cela renforce l’attention du consommateur d’information, mais cela permet aussi d’instaurer un péage à l’entrée des contenus.
Précurseurs anglo-saxons et timides initiatives françaises
Conclusion
Bibliographie
S. ROGERS, Information is power, guardian.co.uk, 24 mai 2010.


